Les failles du stade Bonal
Si la venue des redoutables supporters parisiens se solde sans trop de dégâts, le dispositif de sécurité a montré ses limites au stade sochalien.
MONTBELIARD._Trente sept sièges du stade Bonal arrachés. Deux portes de toilettes de la même enceinte dégradées. La vitrine du magasin Xanaka, au centre-ville de Montbéliard, réduite en miettes. Une frange des supporters du PSG aura été fidèle à sa sinistre réputation.
« Mais rien de comparable avec le scénario catastrophe que l'on nous prédisait », tranche Pierre Schlatter, le responsable de la sécurité à l'intérieur du stade Bonal. Dans les esprits, la soirée du 21 mai 2005 revenait inévitablement. Ce soir-là, une horde de membres des Brigades Loire -un groupe de fanatiques du FC Nantes- avait semé la désolation dans et à l'extérieur du stade, blessant grièvement une stadière, envahissant la pelouse pour beugler son mécontentement.
Avant le coup d'envoi du match contre Paris, Pierre Schlatter estimait que pareille configuration n'était pas envisageable. « Parce que, à l'époque, on nous avait dit que c'étaient des gentils qui venaient. Là, avec le PSG et les données du match, on est prévenu... ».
Olivier Kirchner, le président du TGI de Montbéliard, qui avait eu à juger les hooligans nantais était présent, samedi soir, au poste de commandement. Non pour goûter un spectacle sportif dont il n'est pas spécialement friand mais plutôt pour vivre, en direct, l'événement. Au cas où...
Un dispositif exceptionnel avait été mis en place. Dans le détail : trois compagnies de CRS, une autre de gardes mobiles, huit motards CRS, un hélicoptère de la gendarmerie ainsi que des renforts policiers en provenance de Besançon.
Il était question de 90 policiers, exclusivement prévus sur le centre-ville de Montbéliard, pour juguler les possibles débordements. Au total, près de 500 représentants de l'ordre étaient sur le pont.
« A Sochaux, si tu forces, ça passe
» A l'intérieur du stade, les extincteurs destinés à la tribune des visiteurs avaient été retirés de même qu'une fontaine à bière sans alcool. Tout ce qui pouvait être utilisé comme projectile avait été soigneusement écarté. Hier matin, au moment de tirer un premier bilan, le commissaire Wuhrlin estimait que « les perturbations et les dégradations étaient globalement acceptables ». Il précisait que deux interpellations ont été enregistrées. Une concernant un supporter parisien avant le match et une autre relative à un Montbéliardais pendant la rencontre. Leurs cas ont été traités au commissariat sans nécessité de placement en garde à vue. Au registre de ce qui n'a pas fonctionné, l'épreuve de force remportée par quelques dizaines de supporters parisiens qui, sans billet, sont parvenus à déborder le service d'ordre. Sur ce point, Pierre Schlatter est très clair. « Avec Jean-Philippe D'Hallivillée, mon homologue parisien, nous avions proposé un préfiltrage qui aurait interdit aux personnes qui n'étaient pas munies de billets d'approcher des entrées. Les services de sécurité de la préfecture n'ont pas retenu notre proposition. Là, on s'est retrouvé avec un important groupe arrivant dans un portillon où ne se trouvaient que des stadiers parisiens et un des nôtres. Avec un cordon policier bien établi, il n'aurait pas été possible de passer ainsi », analyse l'ancien policier. Selon Pierre Schlatter, ce qui pourrait apparaître comme un élément anecdotique, puisque finalement la situation n'a pas trop dégénéré, est cependant ennuyeux sinon inquiétant. « De mémoire, je n'avais jamais vu un tel débordement. Ni à Sochaux, ni ailleurs. Maintenant, ça va se savoir. Les types vont se dire : A Sochaux, si tu forces, ça passe. Et ça, c'est un gros inconvénient pour l'avenir... »
A moins que d'ici la reprise du championnat 2008-2009, le tir soit corrigé et que des leçons soient tirées.
D'autant que pour les futures rencontres, les services de sécurité ne disposeront pas d'une aussi impressionnante force de dissuasion.
Les forces de l'ordre ont encadré les supporters parisiens selon un dispositif bien établi. Ils n'ont cependant pu éviter quelques débordement en ville.